Les murs ocres de la Collégiale Saint-Pierre-La-Cour, au Mans (72), offrent un écrin idéal à l’exposition Sédiments de l’artiste plasticien Erick Leprince.

Les sédiments sont des empreintes successives laissées par le temps qui passe et les aléas qui œuvrent. Erick Leprince explore ce concept à travers une grande variété de médiums, parfois inattendus, allant de la toile aux boîtes de sardines, du bois à la faïence et céramiques. Chaque support devient une bribe de paysage, un fragment de temps matérialisé.

Tracer le visible pour révéler l’indicible

Depuis près de trente ans, Erick Leprince interroge la relation entre l’humain et la nature. Installé au Mans, il expose son travail dans toute la Sarthe et en Bretagne.Poissons, arbres, ciguës : ces motifs récurrents sont pour lui des points d’ancrage. Ils semblent simples, mais lui permettent d’observer le monde encore et encore, avec un regard renouvelé comme avec des yeux d’enfants. L’artiste cultive cette capacité à s’émerveiller, à voir dans la nature un monde de beauté et de mystère qui fascine autant qu’il questionne. Les sédiments, chez lui, ne sont pas que matière. Ils sont aussi la mémoire de souvenirs et d’émotions enfouies, gardées ou oubliées, présents ou sous-jacents.

Dans cet univers marin et végétal, la trace de l’homme apparaît par touches légères. Elle questionne la place de l’humain dans son environnement, son rapport à ce qui le dépasse et le nourrit. Si sa peinture se déploie sur toile, l’artiste choisit également des matériaux ordinaires, non nobles, comme des morceaux de bois recueillis et transformés. Ils lui permettent d’appréhender l’espace autrement, d’inscrire la matière dans un dialogue avec la nature.

Son travail nous conduit ainsi de la mer à la terre, de la profondeur des abysses à l’horizon infini, et parfois jusqu’aux hauteurs du ciel. Un cheminement où les couleurs vives côtoient un bleu enveloppant et apaisant, témoins d’un monde éclatant et en mouvement. Entre obscurité et lumière, la délicatesse et la force du motif se répondent et s’équilibrent.

« Peut-être que je peins ce que je ne vois pas ».

Cette phrase résume la quête d’Erick Leprince : rendre perceptible ce qui échappe au regard, donner forme à l’ineffable. L’art peut naître aussi bien d’un support de rebut que d’une matière noble ; la beauté réside avant tout dans la sincérité du geste et dans le respect porté à la matière. Ainsi, une simple boîte de conserve devient le lieu d’un geste artistique, un espace où l’art se partage. Tout se transforme, rien ne se perd : la matière vit, s’imprègne, absorbe et s’accumule. Ses toiles, parfois proches de fresques érodées, laissent apparaître une beauté que le temps sculpte — à l’image de certaines peintures murales de Pompéi, que l’usure révèle autant qu’elle les abîme.

Erick Leprince crée un monde et nous invite à entrer dans cette création. La trace devient un lien entre visible et invisible, entre l’artiste et le regardeur. En se laissant guider par la matière et par les espaces vides, non tracés, les œuvres nous invitent à regarder en profondeur, à les voir se construire peu à peu, au rythme de notre propre regard.

Sédiments : Exposition visible Jusqu’au dimanche 30 novembre 2025, à la collégiale Saint-Pierre-la-Cour, rue des Fossés-Saint-Pierre, au Mans. Ouverte du mardi au samedi, de 13 h à 17 h 30. Le dimanche de 10 h à 13 h (fermée les jours fériés).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Auteur/autrice

antrevoies@gmail.com

Publications similaires

Lydie Jacquemus : tisser les mémoires

Lydie Jacquemus : tisser les mémoires

Lydie Jacquemus : exploratrice du lien Lydie Jacquemus est une artiste plasticienne originaire de Martigues. Née en 1973, elle a commencé son...

Lire la suite
Le Palais idéal du Facteur Cheval

Le Palais idéal du facteur cheval : un patrimoine de rêves

A Hauterives dans la Drôme, le Palais Idéal du Facteur Cheval est l’œuvre d’une vie, celle de Joseph Ferdinand Cheval, alias le...

Lire la suite
Recomposed Max Richter

Les Quatre Saisons ré-enchantées par Max Richter

Vivaldi, une œuvre intemporelle et visionnaire Les Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi figurent parmi les œuvres les plus célèbres du répertoire classique —...

Lire la suite
Un chien arrive, Camille Ruiz

Un chien arrive… Et tout est bouleversé

Un chien arrive — Camille Ruiz La naissance d’un lien Paru le 12 février 2026 aux Éditions Corti, Un chien arrive de...

Lire la suite
Claire Diterzi Fille de

Fille de, une filiation en clair-obscur

Claire Diterzi – Anny Karénine , Fille de. Sorti le 19 septembre 2025 sur son label indépendant Je garde le chien, Fille...

Lire la suite
concerto pour main gauche

Dans la psyché de Paul Wittgenstein

Concerto pour main gauche – Yann Damezin Je suis tombée par hasard sur ce roman graphique, mis en tête de gondole à...

Lire la suite
error: Content is protected !!