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Depuis plusieurs années, je rêvais de fouler les pierres de Pompéi. Sans doute parce que, bien avant d’en connaître l’histoire, il y avait eu la musique. Le mythique Pink Floyd: Live at Pompeii avait déjà fait de ce lieu un territoire presque légendaire dans mon imaginaire. Pourtant, ce voyage allait m’offrir une tout autre rencontre : celle de Naples.
Naples m’a posé une question que je ne m’attendais pas à me poser :
Comment vit-on lorsqu’on sait que tout pourrait changer demain ?
Cette question m’a accompagnée tout au long du voyage. Je crois même qu’elle est l’une des clés pour comprendre cette ville.
Vivre sous le regard du Vésuve
Dès l’arrivée, le spectacle est saisissant. Par le hublot de l’avion, impossible de quitter des yeux le Vésuve. Il domine Naples avec une majesté presque inquiétante.

Sa dernière éruption remonte à 1944. Toujours considéré comme un volcan actif, le Vésuve fait l’objet d’une surveillance scientifique permanente. Sa silhouette rappelle aux Napolitains que la nature n’est jamais totalement prévisible. Les Napolitains vivent avec cette possibilité depuis toujours avec en mémoire l’éruption à l’automne 79 qui a enseveli notamment Pompéi et Herculanum…


Cette présence permanente du risque m’a beaucoup fait réfléchir. Comment vit-on avec une telle « menace » ? Peut-être est-ce justement ce qui façonne leur rapport au temps. C’est ce que j’ai retrouvé partout ensuite.
Le quartier espagnol ou la joie comme résistance
Nous logions dans le centre historique, à deux pas du Quartier Espagnol,1 un copain m’avait vivement conseillé d’aller visiter le quartier et j’ai compris pourquoi dès la première visite !
Ici, tout déborde.






La foule, les scooters, les odeurs, les étals, les drapeaux suspendus entre les immeubles, la street-food, les chants qui s’échappent des fenêtres, les éclats de rire… On pourrait croire au chaos. Là où d’autres verraient du désordre, j’ai vu une formidable vitalité. Il s’en dégage une énergie profondément joyeuse telle qu’elle fait oublie vite ses petits malheurs et ses soucis. On cesse de regarder sa montre et on profite simplement d’être là, ensemble.
J’ai eu le sentiment que cette ville avait fait de l’incertitude une manière de vivre : puisque demain n’est jamais garanti, autant célébrer aujourd’hui. C’est peut-être cela, finalement, la véritable dolce vita. Au cœur de cette philosophie et du farniente (douceur de ne rien faire), c’est l’art de savourer les plaisirs simples sans se précipiter…
Maradona ou le besoin de croire ensemble
Impossible d’évoquer le Quartier Espagnol sans parler de Diego Maradona. Je ne suis pourtant pas une grande passionnée de football. Mais à Naples, on comprend vite que Maradona dépasse largement le sport. Il est devenu un symbole identitaire car il représente la revanche du Sud sur le Nord et a offert les premiers Scudetti (petit écusson en forme d’écu aux couleurs du drapeau italien) à Naples.




Lors de notre visite guidée de la ville et aux explications de Giovanni2, j’ai découvert qu’il représente bien davantage : l’espoir d’une ville longtemps méprisée par les élites du nord de l’Italie, la revanche d’un peuple qui s’est enfin senti reconnu. Son visage est partout : sur les murs, dans les vitrines, sur les drapeaux, dans des objets souvenirs divers et variés Même les Spritz deviennent bleus en son honneur !
Depuis sa disparition, le stade San Paolo porte désormais son nom : Diego Armando Maradona. Les années passent, mais son souvenir reste toujours aussi vivant et présent. Cette fidélité m’a profondément touchée3. Car Maradona représente le peuple, la mémoire, la reconnaissance, pas simplement de football mais de transmission !
Naples : une ville qui accueille
Je dois également partager une excellente surprise pour toutes les personnes – malade cœliaque ou non – qui doivent suivre une alimentation gluten-free/sans gluten. J’ai trouvé l’Italie largement plus en avance que la France. En effet, dès l’aéroport, plusieurs solutions étaient proposées. A Naples, j’ai dégusté une excellente pizza sans gluten dans une pizzeria où les précautions étaient clairement prises pour éviter toute contamination. À l’hôtel, un simple échange avec le personnel a suffi pour que chaque petit-déjeuner soit adapté et ça rend la vie beaucoup plus simple !




Le soir, j’ai souvent choisi les délicieux bowls de Bowl Napoli4 : équilibrés, frais et parfaits après avoir parcouru entre 15 et 20 kilomètres chaque jour. J’avais quand même emporté du pain et quelques barres céréalières par précaution et au final, je m’en suis surtout servi pour un pique-nique improvisé. Je m’attendais à devoir chercher longtemps où manger, c’est finalement l’une des villes où cela m’a paru le plus simple.
Quand les images traversent les siècles…
Notre agence5 n’avait pas anticipé les réservations et toutes les visites étaient complètes plusieurs jours avant notre arrivée. Je regrette donc de ne pas avoir pu admirer le Christ voilé6.

En revanche, nous avons passé plusieurs heures à explorer l’un des plus importants musées archéologiques d’Europe : le Musée Archéologique7 de Naples. Même si certaines salles étaient fermées pour travaux, la richesse des collections est exceptionnelle. Retrouver les fresques, les statues et les objets provenant de Pompéi prolonge naturellement la visite du site. Une immense maquette permet même de reconstituer la cité antique. Ce qui m’a le plus frappée, en tant qu’artiste, c’est la modernité de ces œuvres. En les observant, je me suis surprise à penser que toute l’histoire de l’art était déjà là : leurs compositions, leur puissance graphique, leur liberté de sujets.. pour certains érotiques et évocateurs !











Comme si les artistes d’aujourd’hui ne faisaient finalement que réinventer, siècle après siècle, des formes déjà explorées avec les matières, les couleurs, les symboles… D’hier à aujourd’hui : nous ne créons jamais à partir de rien. Pompéi était une ville d’images – à la fois protectrices ou sacrées – qui racontent le monde autant qu’elle le représentent.
Une ville de contrastes
Naples a longtemps été l’une des plus grandes capitales d’Europe. Elle a été grecque (fondée sous le nom de Neapolis), romaine, capitale d’un royaume, espagnole, puis bourbonienne avant l’unification italienne. Naples n »est seulement une ville riche de patrimoine et d’histoires…
Naples est une ville de riches tous ces contrastes, identités et transformations permanents.
Certains quartiers portent les marques d’une grande précarité et d’un manque d’entretien, contrastant avec la richesse patrimoniale de la ville. Le patrimoine exceptionnel dialogue avec des rues parfois très dégradées. Partout, les échafaudages témoignent d’une ville qui se transforme sans cesse.









J’entends souvent dire : « Naples, on aime ou on déteste ». Je trouve cette formule un peu radicale voire réductrice à une certaine déception. Naples demande simplement qu’on accepte de la regarder telle qu’elle est. Sans vouloir la changer ou encore la faire taire ! J’ai le souvenir de notre trajet en train jusqu’à Pompéi où dès le départ de Naples ça chantait dans le train sans presque personne à scroller sur leurs téléphones : les gens se parlent ! P
Je n’y suis pas allée avec des attentes, seulement avec ma propre envie de la découvrir et d’y ouvrir mes yeux pleinement !
Et c’est sans doute ce qui m’a permis d’en apprécier toute la complexité. Petit bémol à prendre en compte : comme dans beaucoup de grandes villes très touristiques, il convient d’être prudent et de rester attentif à ses effets personnels et les messages de préventions diffusés dans le métro le rappellent sans cesse.
Naples ne se visite pas : elle se ressent !
Je suis repartie avec beaucoup plus que des souvenirs. Naples m’a rappelé que la fragilité n’empêche pas de vivre.Au contraire, elle peut donner encore plus de prix au présent. Au pied d’un volcan toujours actif, les Napolitains semblent avoir choisi de célébrer la vie plutôt que de redouter demain.
En quittant la ville, je ne me suis pas seulement demandé ce que j’avais visitée, je me suis demandé ce qu’elle avait réveillé en moi. Peut-être une invitation à desserrer un peu l’étau du contrôle ou à accepter que tout ne puisse être maîtrisé, à remettre davantage de vie et de rencontres dans mes journées.










Car les émotions constituent peut-être ce qu’il y a de plus profondément humain : elles nous relient aux autres autant qu’au monde. À Naples, elles ne sont ni cachées ni retenues : elles débordent, elles se chantent, elles se dansent, elles se vivent. Cela me manquait déjà à la montée dans l’avion avec l’envie déjà d’y retourner…Et je crois que c’est précisément pour cela que cette ville laisse une empreinte aussi profonde…


- https://fr.wikipedia.org/wiki/Quartiers_espagnols ↩︎
- Giovanni nous a permis de découvrir Naples sous un autre angle, un angle plus humain, riche de savoirs et vraiment captivant ! https://www.instagram.com/decouvrenaples/ ↩︎
- Pour connaître l’histoire de Diego Maradona et son parcours, je vous recommande ce film, à la hauteur de la légende, sorti en 2019 : https://www.youtube.com/watch?v=9BoKbodRJ8I ↩︎
- https://www.bowl-napoli.com/ ↩︎
- https://www.evaneos.fr/ ↩︎
- https://www.museosansevero.it/fr/la-chapelle-et-le-christ-voile/le-christ-voile ↩︎
- https://www.museoarcheologiconapoli.it/ ↩︎
